Rends l’argent

C’est ma troisième rencontre avec le couple Fillon et la plus ennuyante alors que je ne vais pas rester jusqu’au bout, aujourd’hui c’est le réquisitoire des procureurs, comme d’hab j’arrive en avance et retrouve le même groupe, il y a une femme qui dit qu’elle vient chaque jour au tribunal depuis 7 ans alors « moi je connais tout le monde », ils parlent de la condamnation du couple : « Il faudrait leur faire faire des TIG, ils balaient les rues en uniforme et voilà ». On rentre et pour la première fois Pénélope F. ne porte pas son serre tête, je sais que l’après midi va être longue et je suis pas la seule, la femme qui vient chaque jour au tribunal a apporté des clémentines et des tablettes de chocolat, elle ne peut pas s’empêcher d’expliquer à des gens qui n’ont rien demandé qu’ «ici au tribunal ce sont des gendarmes, pas des policiers si vous n’êtes même pas capable de savoir ça HEIN FRANCHEMENT ». Aurélien Létocart est le premier procureur et il va parler pendant 2H40 non stop. Il débute par les mots de François F., il le cite : « L’injustice sociale de ceux qui ne travaillent pas et qui reçoivent de l’argent », BAM c’est parti, le procureur qualifie François F. de « cynique », il évoque « des moeurs passées, époques révolues où l’on pouvait en tant que politique s’affranchir des règles, les citoyens ne l’acceptent plus, c’est une enquête inédite liée au contexte à la suite d’un article du Canard Enchainé et pendant la campagne présidentielle. » le procureur s’en félicite et espère juger encore plein de politiques! Moi je suis pile dans l’axe de la raie de cheveux (à gauche) de François F. et une de ses bajoues, clairement il sourit pas, je le vois beaucoup secouer la tête. C’est assez technique, le procureur commence toutes ses phrases par : « En outre/ A cet égard/ Par définition/ En premier lieu » et justifie le procès en disant  « Selon la chambre criminelle 28 de Novembre 1994 »mais « en même temps » le procureur remet un peu les pendules à l’heure et démonte les FAKE NEWS balancées par la défense, « François Fillon a été l’artisan de son malheur ». Son réquisitoire est basé beaucoup sur « la déclaration des droits de l’homme et du citoyen » il récite beaucoup d’articles, Mirabeau est présent et je pense vraiment qu’il va chanter La Marseillaise en terminant. C’est honnêtement un peu chiant, ça fait 1h qu’il parle et la salle commence à piquer du nez, derrière moi la femme qui passe sa retraite au tribunal menace de s’écrouler, il faut dire que certes le procureur est bon mais pour l’avoir vu agir les 2 autres fois, il est bien meilleur dans l’interrogation, la confrontation et quand il balance ses scuds. Il rappelle que Pénélope F. a  travaillé durant la période 1981/1990, 1998/2007, 2012/2017, le procureur se met à convoquer « Balzac ou Claude Chabrol qui n’auraient pas renié cette histoire de famille bourgeoise », ça y est il envoie la première sommation : il rappelle que Pénélope F., lorsqu’elle est censé travailler à  La revue des 2 mondes , est aussi en « temps plein en tant qu’assistante parlementaire et aussi tous les mercredi vous gardez votre petite fils Madame, et vous suivez une formation universitaire en ligne » ça fait 2h qu’il parle et du coup la salle fatiguée rigole fort, ça me parait impossible que le couple soit relaxé, la présidente écoute le procureur mais elle quitte très rarement des yeux le couple Fillon, elle a un air grave. Le procureur continue : « Madame Fillon en fait trouve une justification professionnelle dans toutes ses activités personnelles, lorsqu’elle va à un concert de musique dans sa ville, c’est du travail vu que les gens lui parlent, pareil lorsqu’elle fait ses courses alimentaires, forcément elle rencontre des gens à la caisse et bien Pénélope Fillon considère que c’est du  travail  de parler à ce moment là », la salle est hilare moi je suis obligée d’aller faire pipi et quand je reviens je me retrouve dans les petits papiers de l’huissier alors que la dernière fois il m’engueulait : il vient me demander du gel hydro alcoolique avec en prime : un clin d’oeil, il me dit : « Finalement vous n’êtes pas la hooligan intrépide que je sentais tant ». Soudain il y a un brouhaha: le procureur raconte que dans un mail, Pénélope explique OKLM que si elle avait « pas eu le petit dernier » elle aurait « aimé travailler », là je me suis dit que bon sang on allait la déporter à Cayenne celle là, plus le temps avance et plus les gens rigolent : Le procureur explique que François F. n’a pas voulu donner des noms de témoins qui auraient pu tout à fait témoigner du vrai travail de Pénélope, « et pourquoi? » questionne le procureur qui enchaine la réponse aussitôt : « François Fillon vous évoquez comme raison que vous ne vouliez pas qu’il arrive malheur à ces témoins, mais quel malheur François Fillon? Dans quel pays vous pensez vivre pour croire qu’un MALHEUR puisse arriver à votre notaire? » franchement j’en peux plus, le procureur est excellent ça fait 2H37 et ouf c’est la pause! L’audience reprend et c’est le second procureur, Bruno Nataf (encore plus méchant que le premier) il fera plus court « promis » et se concentrera sur les gosses Fillon, le taf à La revue des 2 mondes  et il reviendra sur un geste amical: le prêt de 50 000 euros de Marc Ladreit de Lacharrière à François F. alors qu’il est l’employeur de Pénélope F.. Le second procureur dit que « François Fillon cherche à se faire passer pour une victime », François F. gros fragile. Il parle des enfants Fillon « qui ont eu un non lieu je vous le rappelle, mais quand même des enfants qui reversent leurs salaires à leurs parents, qui les aident à payer leurs impôts c’est pas banal » effectivement, puis, ce qui est sûrement à l’origine du non lieu des gamins : « Marie Fillon a plus de matériel sur 15 mois de travail pour vous monsieur Fillon que Pénélope F. en 20 ans », il passe ensuite sur le travail de Pénélope à  La revue des deux mondes  et développe les 6 points de son réquisitoire, bon c’est le moment où je m’éclipse je suis exténuée, en sortant je mets l’ipod en aléatoire et c’est Schubert et son trio op 100 ça pourrait être la musique d’un film de Chabrol où on verrait Pénélope F. choisir quelle soupière pour le diner, ça serait peut-être mieux que Barry Lindon, peut-être pas. J’arrive chez moi et la news du Monde aussi : 5 ans dont 2 ferme pour Monsieur, 3 ans avec sursis et 375 000 euros pour Madame, verdict en juin on verra s’ils rendent l’argent. (11/03/20)

M Écrit par :

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