« C’est une dinguerie ce qu’il fait, ma gueule ! »

Lundi 26 octobre 2020. 31ème audience.

Ali Polat est né le 26 avril 1985. Ses avocats sont Me Isabelle Coutant-Peyre et Me Antoine Van Rie. Son casier judiciaire porte trace de cinq condamnations.


Vendredi à 17h47 Peter Chérif est apparu sur écran. Il a d’abord parlé spontanément en récitant des versets du coran puis il s’est tu. A chaque fois que le Président lui a posé une question, il a lu son coran. Au bout de vingt minutes la cour a coupé l’audition. La mamie facho était pour qu’on le torture pour qu’il parle « avec des aiguilles plantées dans le corps ».

Aujourd’hui, nous passons au dernier accusé et le plus important, celui qui risque la perpétuité. Ali Polat. Il va devoir s’expliquer sur ses contacts avec Coulibaly, les armes qu’il a cherché à se fournir, des liens avec les différents accusés, sa tentative de départ en Syrie après les attentats, son rapport à la religion. Ali Polat est le fil rouge entre les accusés, tous ou presque ont eu affaire à lui. Ali Polat est une boule de nerfs, incapable de se retenir, souvent il explose au tribunal et crie sur tout le monde. Il clame son innocence, il est ici à cause de mythos, de balances. Le premier jour du procès Ali Polat était tout gros, crâne rasé et sans barbe. Là il est tout gros, les cheveux ont repoussé, ça fait bizarre, et la barbe aussi : il s’est transformé en personnage d’« Alvin et les Chipmunks », Théodore très exactement. Avec son avocate, Me Coutant-Peyre ils ont  une relation quasi filiale, avec un Ali Polat qui s’excuse dès qu’elle le réprimande ou lui fait les gros yeux. Polat aura animé ce procès, chaque jour son show, même les autres accusés en ont marre. Il était le bras droit de Coulibaly, un alter ego. C’est son jour, la salle est pleine. Ali Polat s’est rasé la barbe, a mis une chemise blanche.

Me Coutant-Peyre prend la parole, avant toute chose : « Je voudrais rappeler que c’est un procès asymétrique. On connaît le vendeur d’armes, comme dit l’accusation y’a des trous dans la raquette. Il y a ce PV de la DGSI sur ce témoin anonyme, j’ai déposé des conclusions, j’ai zéro réponse et moi je vais interroger mon client sur ça. C’est plus qu’une atteinte à la présomption d’innocence. Il manque les vendeurs d’armes et le monsieur anonyme et les représentants du parquet n’ont rien produit en ce point. Et mon cahier ! Toujours pas retrouvé ! Je considère qu’il manque des éléments. »

Le Président s’adresse à Ali Polat, qui se lève : « Vous avez beaucoup de choses à dire, ça va être dense, néanmoins je souhaite que ce soit fait dans le calme. Je pose le cadre, je veux que vous ayez du respect de la personne et des institutions. On va examiner un certain nombre de sujets, les thèmes qu’on va aborder avec vous sont vos liens avec Coulibaly, vos déplacements à l’étranger, la Belgique, vos liens avec les accusés, la religion et des explications sur des éléments importants. Tout d’abord le rappel de vos incriminations : Christophe Raumel a juste l’association de malfaiteurs, les autres aussi mais avec la notion de terrorisme. Vous vous êtes poursuivi pour complicité des crimes et délits faits par les Kouachi et Coulibaly, et l’association de malfaiteurs en vue d’une entreprise terroriste. Vous être accusé d’avoir apporté une aide à Coulibaly, des armes, une adhésion au djihâd armé et à l’Etat islamique. » Le Président nomme toutes les victimes, c’est la première fois qu’il le fait avant qu’un accusé ne s’exprime, il y a une grosse soixantaine de noms. En gros on reproche à Ali Polat tout ce que les Kouachi et Coulibaly ont fait ; que ce soit un vol de voiture pour s’enfuir ou les assassinats, il est complice de tout. « Donc voilà l’ensemble des faits. »

Il est 10h pile, Ali Polat prend la parole : « Ok bah merci, j’ai fait tout ça sans connaître les Kouachi, sans ADN, je sais pas. La juge d’instruction elle a besoin d’un bouc émissaire. Je vais m’expliquer sur tout ça. La personne qui vend les armes, c’est Claude Hermant. Le véhicule des Kouachi, y’a un ADN dedans inconnu donc je ne comprends pas, je suis complice alors que je les connais pas. Je sais pas comment d’une vente de voiture on en arrive à j’ai fourni des armes. Le go fast, le sac d’armes, ça coïncide pas. Ça fait beaucoup quand même ! Avec Hermant l’indicateur ! J’ai fait beaucoup de choses, on m’a vu avec XX qui a tué le petit, je l’ai balancé pour un meurtre, j’ai rien à voir avec le terrorisme, moi je me suis jamais levé le matin pour tuer des gens. Vous voulez un coupable mais ça sera pas moi. Willy Prévost il a mis des choses sur mon dos, y’a pas de problème on va s’expliquer. Les attentats j’étais pas au courant, c’est de la merde ce qu’il a fait. Le mec qui a tué le petit, il va venir en libre, je comprends pas. Moi je suis pas indic de la police, tout ça c’est des mensonges des mensonges DES MENSONGES. La juge d’instruction, tous les trois mois elle m’a sorti un nouveau truc. Le 7, 8, 9 janvier moi je suis chez moi, Coulibaly il me dit pas ce qu’il fait. C’est de la merde, je vous le dis honnêtement, jamais eu de complicité. Ça me dépasse, je regrette d’être rentré… » Le Président le coupe. Ali Polat, comme on s’y attendait, parle, crie, hurle et part dans tous les sens. « Justement, on y vient. Vos liens avec Coulibaly, bon, depuis 2007, et alors que vous avez des contacts quotidiens avec lui, y’a rien le 7, 8, 9 janvier… » Ali Polat : « En 2007, je l’ai connu, c’était un bandit, j’étais un bandit, on a bien accroché. On faisait de l’argent et des magouilles. Il a fait de la prison mais pour rien, y’a une petite merde de chez nous qui avait un kilo de shit et Coulibaly il s’est fait arrêter. Bon, il sort de prison, on se revoit, moi je faisais de la coke, lui non, on faisait du shit. En 2009 je tombe trois mois pour une histoire de bédo. Bref, on fait des stup nin nin nin, entre temps il tombe pour une histoire de terrorisme. Après, moi, ça marchait très bien pour moi, très très bien, de la cocaïne et de l’héroïne du Liban ou du Brésil. En 2012 je suis en taule et je devais 15 000 euros à Coulibaly. Moi mon but c’est de l’argent, je veux de l’argent et pas mourir pauvre. Mon père il a rien ramené. Jveux rembourser Coulibaly. En 2010/2012, j’avais de la thune, laisse tomber, je me gratte la tête 50 000 euros tombent, je profitais… »

Le Président essaye de remettre de l’ordre dans tout ça : « Bon, en 2014 vous avez  toujours cette dette. Il sort de prison. Donc ce qu’on voit c’est que beaucoup lui doivent de l’argent. » Ali Polat : « Willy Prévost il lui doit 22 000, voilà, je balance, il a cassé une moto. Quand moi je sors, j’ai le bracelet et je vais au foot et je vois Coulibaly, je lui dis frérot c’est dur mais je vais le payer. Mes escroqueries elles marchent pas, je vais pas agresser des petites vieilles. Déjà, je vais rectifier : en 2012, j’avais la rage, j’avais 4 kilos en héroïne et j’ai été balancé. Je devais aller voir le mariage de ma sœur, j’avais pris la Ferrari, la Lamborghini, des trucs Louis Vuitton… Après c’est sûr, y’a des mecs il m’ont carotte. Bon ils se sont tirés à Marseille, je vais pas aller à Marseille pour 30 000 euros. J’arrête la drogue, c’est de la merde, mais je suis pas un voleur, quand je dois payer quelqu’un je le fais. » « Alors pourquoi vous ne remboursez pas Coulibaly ? » « Déjà, y’a Metin Karasular heyyy il m’a cassé les couilles ! » Le Président : « Restez correct ! » Ali Polat : « Je l’ai pas insulté ! Bon, moi faut savoir que l’héroïne je l’avais à 8000 au Liban. Tu me la coupes trois, quatre, cinq fois, les mecs ils pètent les plombs. Mais les gens ils croyaient même pas que j’avais arrêté la drogue. Mais y’a que des balances, des enfants de putes ! Mais moi, Monsieur, faut savoir, j’ai beaucoup de business. Bon, proxénète, ça m’intéresse pas. » Le Président : « Bon ! La dette… » Ali Polat : « J’allais mal. Je faisais 78 kilos, je sors de prison j’en fais 110. J’avais plus un euro… » Le Président : « BON, LA DETTE, MONSIEUR POLAT ! » Ali Polat : « DACCORD ! J’ai rien fait pour le rembourser. J’ai vendu le véhicule, j’avais connu Metin Karasular qui me demandait des services, j’ai dit à Coulibaly vas-y on va lui vendre. Je devais avoir 2000 euros de commission. Pour moi y’a pas d’attentat, je sais pas ce qu’il fait. Y’a négociation avec le Grec qui m’a harcelé. Il dit qu’il a payé 22 000 euros, c’est faux. Il a arnaqué, il vend du rêve. » Le Président : « Bon, ok, y’a difficulté de paiement, donc le 9 janvier la voiture n’est pas payée. Qu’est ce qui fait que le 9 janvier 2015, alors que vous savez ce qui est en train de se passer… bon vous êtes très proche de Coulibaly, vous allez même l’accompagner acheter des pommes d’amour, et le 9 vous voyez qu’il fait une prise d’otages et vous allez en Belgique pour vous faire payer. C’est une grosse interrogation quand même ! » Ali Polat : « Moi j’ai du sang froid mais là ce qu’il fait, c’est partout sur la terre, c’est une dinguerie. Les Kouachi ils tuent des gens et après moi je vois Coulibaly là, c’est une dinguerie, ma gueule, j’ai jamais tremblé comme ça, mais qu’est-ce que tu fais ?? QU’EST-CE QUE TU FAIS ?? Et moi j’ai pas réfléchi à ce moment-là. » Le Président : « Bon, ok, vous le voyez commettre cette  dinguerie  comme vous dites mais pourquoi le soir même vous allez en Belgique ? » Ali Polat : « Mais moi je veux mon argent ! Jveux aller en prison pour ce que je fais, jveux pas aller en taule, je sais très bien que je vais y aller. Moi tous les mecs de ma cité ils ont dit gros tu vas aller en prison, la France c’est fini pour toi et voilà moi je suis dans le box là. »

Le Président redemande pourquoi il est allé en Belgique le 9 janvier, Ali Polat part encore dans tous les sens et dit : « Tout ce que Coulibaly a fait ça me dépasse, tu t’y attends pas Monsieur ! » Le Président dit qu’en garde à vue Ali Polat a donné comme explication qu’il voulait récupérer l’argent de la Mini pour le donner à la famille de Coulibaly. Ali Polat : « Nan, ça c’est un mensonge que j’ai dit. Qu’ils aillent tous se faire enculer, ma gueule ! » Le Président : « S’IL VOUS PLAIT ! Vous dites que c’était pour fuir la France et d’ailleurs vous avez tenté d’aller en Syrie… », « NAN NAN, en Syrie, moi je fais même pas trente minutes là-bas, je veux pas vivre sous la charia. » Et ça hurle pendant quinze minutes. Ça fait seulement une heure qu’il parle on dirait que ça en fait quatre. Il coupe le Président à chaque phrase.

 « Par votre passeport on saura quand même que vous allez au Liban le 12 janvier et vous revenez le 19. Pourquoi le Liban et revenir ? » Ali Polat : « Le Liban, je connais du trafic de drogue et j’allais me marier avec une fille. Moi ça fait 5 ans et demi, j’ai fait plus de prison que Claude Hermant ! Vous, vous noyez le poisson, moi NON je veux pas aller en prison. Vous le comprenez pas, je suis le seul à avoir complicité, bah jsuis fort hein ! Avant les attentats, je suis fort, y’a pas d’ADN ni rien et le 9 je deviens un abruti, ça part en couille, je prends mon passeport… » « Monsieur Polat, soufflez deux minutes. Bon vous allez au Liban et le 17 vous tentez de passer en Syrie… » « NON, à Damas ! Dites pas la Syrie ! » « BAH Damas c’est en Syrie ! Bon ok vous allez à Damas. POURQUOI ? » Ali Polat : « Hey, faut savoir au Liban je regarde France 24 et la femme elle dit y’a plus d’ambassade à Damas. Vous savez peut être pas mais le Liban c’est petit, en trente minutes on fait le tour, c’est à 80 km de Damas. Damas, c’est pas l’Etat islamique hein, c’est Bashar là-bas et je me fais refouler. » 

Il revient en France et repart en Thaïlande le 22 janvier pour seulement trois jours. Il dit qu’il attendait de l’argent : « J’attends l’argent, je regarde la télé et je vois Molins [François -Procureur de Paris] qui dit qu’on a trouvé un complice de Coulibaly. Moi j’ai rien fourni, hey je passe de James Bond au dernier des tocards, mon frère. Je reste trois jours…  Hey je regrette un truc de fou d’avoir arrêté la drogue, je regrette ma gueule. La drogue, vas-y, c’est pas grave t’en as pas. J’avais pas tous ces problèmes-là. Je regrette, quand j’arrête la drogue c’est là les ennuis. » Et il a l’air de sincèrement regretter ça. Il est dit après entre lui et le Président qu’une cavale ça coûte de l’argent et il n’avait rien donc il est revenu en France. Ali Polat se décrit cette fois comme Mac Gyver qui devient un pied nickelé. Le Président lui répond qu’en tout cas : « On est d’accord, il n’est établi aucun ADN à vous, c’est clair et net, mais néanmoins on a trouvé une liste d’armes en papier chez Metin Karasular et c’est votre écriture. » En garde à vue il a contesté l’expertise graphologique : « Ouais ouais, bon, jsuis pas là pour raconter des salades, j’ai fait vingt-cinq pages à la juge d’instruction pour dire c’est vrai la liste » et il reparle du meurtre. En fait Ali Polat dit avoir su que X avait tué un gamin, Ali Polat s’apprêtait à le balancer alors le meurtrier présumé a balancé Ali Polat pour les attentats. En plus, le meurtrier présumé est un indic d’après Polat. Bon, c’est sa ligne de défense : le meurtre du gosse et Hermant qui a vendu les armes. Ali Polat dit : « Les armes si j’en veux c’est pour les banques, les fourgons de la Brinks. Je veux même braquer ma propre banque. Je voulais taper à Noël car y’a du cash. Si vous voulez je vous explique comment on met des explosifs sur une porte. » Le Président le remercie mais non, ça ira. Il veut savoir pourquoi aller jusque chez Karasular pour des armes ? Ali Polat répond que celui-ci lui demandait de la coke, alors il lui a dit de se renseigner pour des armes. Le Président dit que c’est bizarre de chercher des kalachnikov pour une banque. Ali Polat explique que bien sûr il n’aurait jamais tiré sur les gens, mais le Président évoque l’achat de balles. Ali Polat ne répond rien à part qu’il est innocent. Il est très drôle à voir et à écouter, les gens rient beaucoup et dans le box des accusés Amar Ramdani qui est à côté de lui le regarde mi-amusé mi-agacé parce que même si Ali Polat est drôle, il est surtout très difficile à suivre et à retranscrire. Le Président lui demande s’il n’a pas vu la radicalisation de son ami Coulibaly. Ali Polat : « Il a bien caché son jeu. Même ma mère, bon, elle déteste l’islam et il lui serrait la main. » Et puis il explique sa « conversion », que lui vient d’une famille Kurde Alévi, des gens qui ne prient pas, qui mangent du porc et puis : « Vers mai/juin 2014 je me suis converti mais même converti je fais les magouilles, faut le savoir. On va être très clair, y’a toujours les meufs. Coulibaly quand je me suis converti il a ri même, mais moi je veux plein de nanas, jvais aux putes, je fais les escroqueries. Ma famille ils ont pas compris ma conversion. Je leur disais lis le coran et tu comprendras. » Le Président décrète cinq minutes de suspension : « On fait une pause pour les oreilles. »

Au retour d’audience, l’interrogatoire est fini, il reprendra demain, seul accusé dans ce cas. Le docteur Roland Coutanceau apparaît à l’écran. Il a examiné Ali Polat qui n’a rien, pas de maladie psychiatrique, pas de psychose. Il a un niveau intellectuel correct, voire fort. « Bon, il s’exprime avec son vocabulaire. » C’est un sujet affirmé, gai, bon vivant, impulsif, « il parle cash et surtout d’argent et des nanas. Il dit être en taule pour gratos. Il dit de Coulibaly que c’est un trou du cul. Il est réadaptable socialement. » Le Président dit : « On voit très bien les traits de caractère dont vous parlez. » Et c’est la pause déjeuner.

Au retour, c’est le moment des témoins. C’est la maman d’Ali Polat qui vient à la barre. Petite bonne femme bien apprêtée, boucle d’oreille, chignon, chemisier. Elle a besoin d’un interprète mais en fait elle comprend très bien et l’utilise peu. Quand elle arrive elle fait coucou à son fils et lui envoie un bisou. Elle dit ; « C’est un enfant avec qui j’ai jamais eu de problème sauf qu’il aime pas travailler. Jamais il m’a répondu, j’étais fière de lui. Après, je sais que depuis cinq ans il me regarde droit dans les yeux, maman j’ai rien fait, ça c’est trop dur pour moi. On était une famille très très bien jusqu’en 2012. Grâce à Ali j’ai divorcé de mon mari, j’ai pas honte de le dire mais j’étais battue. Ali il faisait le ménage, le repassage et les magouilles, je les connais pas. » Elle dit qu’elle ne l’a jamais vu avec de l’argent (elle lui donnait de l’argent pour l’essence) et qu’elle ne voulait pas qu’il devienne musulman. Elle déteste les religions, ça ne sert à rien. Elle n’aimait pas quand Coulibaly venait chez elle car il avait une mauvaise influence et « il roulait des yeux dans tous les sens. » Le Président lui dit : « C’est bizarre, votre fils il nous dit qu’il avait beaucoup d’argent et il roule en Kangoo. » L’assesseur lui lit des écoutes téléphoniques alors qu’elle téléphonait à une amie : « Madame, vous dites comme phrase : Je sais pas ce qu’il y a dans leurs cervelles de merde, qui leur lave le cerveau, comment on peut être aussi aveugle.  Vous faites référence à quoi ? » Elle s’emmêle les pinceaux, dit qu’elle n’a jamais dit ça. Une partie civile lui dit qu’elle a employé le mot mécréant au téléphone, elle dit qu’elle ne le connait pas donc elle n’a pas pu le dire. Elle répond à coté, fait celle qui ne comprend pas. Un avocat lui demande si elle a parlé des caricatures de prophète ? Elle dit que non et que la liberté est ce qu’il y a de plus important dans sa vie lorsque l’avocat lui demande ce qu’elle pense des caricatures. Me Coutant-Peyre arrive et elle s’emmêle, la maman aussi, c’est une véritable épreuve à entendre. C’est tellement ça qu’en arrière-plan une avocate partie civile fait le signe de « ça rame ». Et c’est la fin de son audition. Le frère d’Ali Polat arrive, il est assez agressif et répond à la cour, il dit que son frère « a rien fait, il est pas radicalisé, il fait du deal de drogue mais pas de ventes d’armes. Il est pas teubé, il serait parti. » Il dit qu’il lit les articles dans la presse et il sait que son frère est déjà condamné. Il dit qu’Ali Polat aime l’argent et c’est tout. Il raconte même un trafic de canettes de Coca « j’en avais 8000 chez moi ». Ali Polat se décrit comme un grand bandit, qui a eu beaucoup d’argent. En fait il se révèle être assez bidon : il vit chez sa mère, a une Kangoo et deale des canettes de Coca, on est très très loin de la flamboyance qui l’anime chaque jour. Le frère raconte un peu l’histoire des Kurdes et pourquoi ceux-ci n’aiment pas les musulmans. Il dit aussi qu’un jour il a vu son frère avec 50 000 euros. Le président ne comprend pas pourquoi, alors, Ali Polat n’a pas remboursé Coulibaly à ce moment-là. Le frère dit que c’était compliqué, Coulibaly était en prison, et il s’en va.

Le pire témoin du jour est là, voire du procès entier. Son animal totem est la tortue, d’abord car il ressemble à une tortue, ensuite car il parle très lentement. Ce témoin-là est le beau-père de la sœur d’Ali Polat et il vient juste dire que non Ali Polat n’était pas à Londres le 8 août 2014 comme il l’a dit mais le 14 août, ce qu’on savait déjà avec l’enquête. Il a mis quarante minutes pour dire ça et a parlé : de parquet, de Castorama, de retard de livraison, de réservation sur l’iPad, de sa carrière avec les Anglais, c’était insupportable et on a une pause de dix minutes pour se remettre de ça et Madin arrive à la barre.

Il connaissait Ali Polat mais sous le surnom de « Chichco » « car il était gros » du coup le Président ne dit plus que « Chichco » et moi aussi. En garde à vue, Madin a dit que « Chichco » touchait aux armes et en cherchait mais là il se rétracte. Le Président lui demande quelle version est la bonne, Madin s’embrouille. Le Président : « Donc en garde à vue quand vous dites que Chichco cherche des armes, c’est faux ? » Madin : « Non. » Le Président : « Donc du coup c’est aujourd’hui que vous mentez ? » Madin : « Non. » C’est très très compliqué. Finalement il dit qu’il confirme ce qu’il a dit en garde à vue, ça dure plus d’une heure avec le Président qui essaie de le piéger, même moi je ne savais plus ce que le témoin disait ou pas. L’avocat général lui parle du « meurtre du petit ». Ali-Chichco- Polat accuse Madin d’avoir trempé dans ça (mais il n’est pas le meurtrier présumé). Madin ne sait pas quoi dire, il tombe des nues : « Peut -être parce que j’ai déposé contre Chichco ? » Me Coutant-Peyre rappelle au témoin que mentir sous serment c’est cinq ans dans le code pénal mais le témoin ne se souvient plus de rien, il dit qu’il a déclaré ce que les policiers voulaient entendre. Je pars, on ne sait plus qui dit quoi. Arrivée au métro, je croise Me David Apelbaum. Bien sûr je vais le voir, bien sûr je lui explique que je suis là depuis le 2 septembre, bien sûr il écarquille les yeux, bien sûr il me dit que mon idée de publier ces chroniques est « un très beau projet ». Il a dû me prendre un peu pour une zinzin mais c’est un de mes chouchous de la défense. Demain on reprend l’interrogatoire d’Ali-Chichco-Polat et ses surnoms affectueux envers le Président. 

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