« Je ne sais pas bluffer ici »

Mardi 20 octobre 2020. 27ème audience.

Michel Catino né le 15 septembre 1952. Ses avocats sont Me Béryl Brown et Me Fabien Lauveaux. Son casier judiciaire (Belge) porte trace de seize condamnations.

Comment parler de Michel Catino? Dans le box, les accusés ont entre 30 et 45 ans à peu près. Et puis il y a Michel Catino. Il a 68 ans, il en paraît dix de plus, une tête à être dans Fort Boyard, une attitude à être chez le médecin. Michel Catino a été agressé il y a des années, il a gardé des séquelles à la tête. Dans le box il a toujours l’air très mal en point. Il se tient à la barre la tête baissée, il a l’air de souffrir terriblement. Il est absent de son propre procès. Toujours une veste du PSG. Je ne l’ai jamais entendu parler jusque-là, je ne sais pas à quoi ressemble sa voix, sa diction, pourtant juste son physique donne une idée. Avec lui on est dans un roman de Zola. Le truc avec Catino c’est l’empathie qu’il dégage, je suis sûre que personne dans la salle ne se réjouit de voir ce vieil homme qui a l’air d’être au bout de sa vie dans le box des accusés, il y est plus par bêtise qu’autre chose. Quand on évoque Michel Catino, les gens disent : « Oh oui le pauvre, le vieux monsieur » ou évoquent son air fatigué, le physique de Benjamin Button à la fin. Dans la file d’attente mes copines drôles de dame évoquent les mains « magnifiques du président, ça se voit que cet homme prend soin de sa peau ». 

L’assesseur mène les débats et rappelle les chefs d’accusation. Michel Catino est accusé d’avoir recherché, fourni, transporté et stocké des armes. Il y a deux histoires pour Michel Catino, d’abord le sac d’armes qu’il a transporté, puis deux armes, vieilles, qu’il aurait vendues à Miguel Martinez et Abdelaziz Abbad. Si le crime paraît trop gros pour l’ensemble des accusés, pour Michel Catino il semble abracadabrantesque. Michel Catino se lève, survêtement PSG, et déclare avec son fort accent belge : « Je reconnais que j’ai transporté un sac mais tout le reste non. Je sais pas ce que ça veut dire terroriste, j’ai pas de télé. Mon seul but est jouer, le reste c’est pas de politique, de télé, rien. » Le premier assesseur reconnaît que les différentes perquisitions n’ont rien donné. Michel Catino a été entendu en juin 2016, deux fois, puis en avril 2017 où il a été arrêté et extradé en France. Il est un ami de Metin Karasular depuis trente ans à qui il donne parfois « des coups de main » : « Mon fils il a un garage. J’ai passé par là, j’ai vu le garage de Metin. Je m’occupe de ceux qui z’étaient pas reglo, j’avais ma vie aussi. » Bon en vrai Michel Catino est un peu difficile à comprendre. L’assesseur : « Vous diriez que vous êtes quoi pour Metin Karasular ? Son homme de main ? Son homme à tout faire ? Son toto ? » Michel Catino : « Bah non ! Je m’occupais des jeux, c’était moi qui s’occupais de ça. Après, j’ai donné des coups de main à mon fils, c’est toute une histoire compliquée. » L’assesseur veut en savoir plus sur Ali Polat : « Qu’est-ce que vous voulez que je vous dise ? Il est venu au garage et encore il discutait pas avec moi, même que je suis présent il parle que kurde, tout ça, pas français. Je l’ai vu cinq, six, sept fois je sais pas vous dire, il v’nait bah demandez-lui, moi je lui ai pas posé la question, je demande pas. » L’assesseur : « Il venait proposer des dattes à tous les clients ? » « Non, il venait pour des voitures je pense. Moi la  Mini j’étais pas au courant. Un soir c’était moitié décembre et y’a Metin au garage avec des turcs, ils fument des joints, je dis bonjour, Monsieur Polat arrive avec un noir et Polat il dit qu’il venait pour la Mini. Metin il a téléphoné au Grec, le noir il s’énervait et après j’ai jamais revu, pas su que Polat était venu le 9 janvier. Moi mon fils il déménageait à ce moment-là donc j’ai fait ça, j’allais pas au garage ni rien. Le Grec c’est un escroc, il a essayé d’arnaquer mon fils alors il m’aimait pas. » L’assesseur : « Bon, concernant Miguel Martinez, en audition vous dites ne pas le connaître et puis ensuite on comprend qu’en réalité c’est surprenant que vous ne le connaissiez pas. C’est plutôt vous ne voulez pas parler de lui et d’Abdelaziz Abbad. » Michel Catino explique qu’il leur a vendu des stup qu’il avait chez lui. Il a vu Martinez trois fois en 2014 et une fois en 2016, et Abbad deux fois en 2015. L’assesseur : « Chez vous y’a des stup mais on verra que y’a aussi d’autres choses, y’a aussi des armes. » Michel Catino : « Bof non, des fusils, un fusil à pompe cassé et un truc je ne sais pas tout quoi. » L’assesseur : « Oui bah c’est des armes hein. Donc les armes apparues sur le toit de Metin Karasular par hasard, pourquoi vous les avez ? Est-ce que vous êtes une nourrice, vous savez c’est le mot français pour désigner ceux qui gardent des choses ? » Michel Catino: « Non, c’est la première fois que j’ai des fusils. Les stup non, j’en ai toujours, les armes ça sera la dernière fois, on savait rien faire avec ! » L’assesseur : « Abbad et Martinez les ont achetées quand même. » Michel Catino : « NON ! Ils en voulaient pas ! Un jour ou deux après Metin il a repris les armes, même la juge d’instruction elle m’a dit que j’avais rien à faire dans un terrorisme. » « Elle vous a quand même envoyé aux assises. » Michel Catino : « J’ai transporté, je suis coupable, mais le truc de terroriste sur la tête non. » L’assesseur lui dit qu’en PV il a pourtant bien dit que Abbad et Martinez achètent les deux armes. Hier, Metin Karasular a expliqué qu’il avait menti pour les faire tomber mais Michel Catino, lui, pourquoi il ment ? Michel Catino explique qu’il disait oui à tout, amen à tout, il ne comprenait rien. L’assesseur lui dit que c’est acquis au dossier car chez la juge d’instruction il a été révélé que les armes ont été achetées pour 600 euros et Michel Catino a confirmé avoir eu un petit billet. Michel Catino : « Attendez, je vais vous répondre, moi j’ai jamais rien demandé un euro à Metin [qui acquiesce à côté]. Moi pendant trois ans je pensais que aux jeux. Un jour j’ai même passé cinq jours sans dormir ni manger, c’est mon  nhobby ».

Vient le moment de parler du fameux sac d’armes. Abbad refuse de ramener les armes qui sont chez Ali Polat, du coup c’est Michel Catino qui s’y colle le 30 novembre 2014, bonne pâte, contre un petit billet. Il raconte : « Metin m’a dit d’aller voir Martinez et il me demande d’aller récupérer  un sac à Paris. Il me donne 500 euros, 250 maintenant et 250 au retour, alors je vais à Paris récupérer le sac. » L’assesseur : « Un sac de quoi, Monsieur ? » « Aucune idée !! » l’assesseur : « Vous ne posez pas la question ? 500 euros, c’est pas rien. » « Je pensais que à jouer, il me fallait de l’argent, j’ai accepté j’ai pas posé de question. A Paris j’en avais pas d’adresse, j’ai téléphoné à Polat qui me dit de prendre cette route et je suis arrivé, il a mis le sac et je pars et quand j’arrive à Revin, je sais pas sonner, j’ai plus de batterie alors je retourne chez moi, le temps de charger le téléphone mais deux heures après je redonne le sac à Martinez. Je ne sais rien vous dire d’autre. » La salle est morte de rire. L’assesseur ne comprend pas et ne le croit pas : « Donc on vous donne 500 euros pour un sac, vous ne demandez pas ce que c’est et quand vous revenez vous le laissez deux heures dans votre coffre. Vous êtes très confiant quand même ! Bon, pour les attentats on relève assez vite que vous n’utilisez plus votre puce le 8 janvier 2015. Qu’est-ce que vous pouvez nous dire dessus ? » « J’ai laissé mon téléphone dans la voiture pour aller jouer. Le lendemain je déménage mon fils et ma belle-fille vient nous dire de regarder RTL car y’a la tête des terroristes et je vois le noir qui était au garage. On a continué le déménagement et moi après j’ai vu Metin et je lui ai dit et lui il savait pas alors je lui dis et il se sent mal et il m’a demandé de couper mon téléphone et je lui ai dit que mon téléphone il était dans ma voiture éteint. Après, Metin s’est livré à la police et moi j’ai pris un autre téléphone après ça. » Le problème c’est qu’en PV il a déclaré que c’est Metin Karasular qui lui a dit de casser sa puce car il avait vu « le noir » mais, de nouveau, le 8 janvier on n’a pas encore vu à la télé la tête de Coulibaly, Michel Catino raconte qu’il a dit n’importe quoi, qu’il était prêt à tout dire pour ne pas aller en prison. En vrai il est beaucoup plus combatif et virulent que ce qu’il laissait penser. Il a toujours les sourcils qui froncent. Il dit que c’est ici au tribunal qu’il avait vraiment appris les attentats et que la vidéo d’Ahmed Merabet assassiné l’a choqué. Il dit qu’il était égoïste mais que « une fois sorti de prison ça va changer. » Fin de son interrogatoire. Ça a duré une heure, c’est très peu.

La partie civile l’interroge sur la religion de Metin Karasular, est ce qu’il en parlait ? Michel Catino explique que non, que de toute façon lui « faut pas lui parler de religion, de dieu oui, mais pas de religion. » Mais la partie civile persiste de manière assez appuyée alors Catino s’énerve et s’emporte : « Vous comprenez pas le français ? Je peux vous le dire en italien la religione non so cos’è. Je sais pas si vous comprenez le français mais il ne parlait pas religion, ça fait trente ans que je le connais ! » Finalement, une avocate partie civile prend la parole et lui demande de s’expliquer sur un voyage en Pologne. Il y est allé pour acheter des volets à son fils, il avait une connaissance là-bas et il a économisé 300 euros. L’avocate lui fait remarquer que vu ce qu’il a payé en essence, les 300 euros, ça paraît bizarre. Il répond qu’il ne paye pas l’essence, on n’en saura pas plus. Elle lui parle de sa téléphonie, de ses contacts avec Abbad et Martinez les jours des attentats. Lui il dit qu’il les contactait car il voulait être payé de la drogue. Il fait une comparaison assez hasardeuse entre une entrecôte et un filet américain. Elle lui dit « Vous êtes meilleur bluffeur au poker, Monsieur ! » Il lui dit : « Non, je ne sais pas bluffer ici. » Un avocat partie civile lui pose une question et Michel Catino dit : « Vous faites des piques, des piques, des piques. » Il dit aussi que les questions lui font « bouillir la tête ». Et puis vient le moment de l’avocate générale. Dans la salle où je suis, on entend tout très bien car on a des enceintes et lorsque l’assesseur invite l’avocate générale à questionner Catino, celui-ci marmonne dans le micro une énorme insulte sexiste, suffisamment bas pour que la salle où il est n’entende rien mais suffisamment fort pour que la salle où je suis l’entende. Elle lui pose des questions sur les cafés, les listes d’armes dont il ne sait rien. Me Apelbaum, excellent avocat d’Abdelazid Abbad, l’interroge sur la téléphonie aussi. Il veut démontrer que malgré ce que dit la partie civile, des contacts entre les accusés ont lieu bien après les attentats et il fait une observation : « Je trouve la défense bien courtoise et compréhensive alors que nos clients ont un tel enjeu, de ne pas relever lorsque la partie civile commet une erreur. » Me Béryl Brown, avocate de Catino, fait la liste du temps passé au casino : le 4 janvier à minuit et à 6h, le 5 janvier à 21h48, le 6 à 6h05, le 8 aussi, le 10 à 1h20 et 16h24, le 12 à 20h43. Bon, en gros elle nous montre que Michel bah il vit surtout au casino, d’ailleurs elle lui dit : « C’est pas à votre honneur. » Et puis elle lui fait dire que lui en fait, les attentats, il s’en fout mais alors complètement au moment où ça se passe. Même quand ça touche la Belgique il s’en fout. Ce qui compte, c’est le casino. Bon, quand même en entendant les témoignages ici ça a un peu changé mais Catino dit qu’il trouve ça bizarre d’avoir vu Claude Hermant venir témoigner libre, ou Farid Benyettou l’idéologue, et il conclut : « Je ne comprends pas la justice française. » C’est la pause déjeuner, il va sûrement y réfléchir, et au retour on va vivre une après-midi ubuesque.

Le Président prend la parole et évoque des changements de planning. Avant, les parties civiles avaient trois jours et demi pour plaider, là elles en ont quatre mais un jour plus tôt et ça ne va pas pour je ne sais quelle raison juridique. Il y a quatre-vingt plaidoiries parties civiles de prévues et elles doivent être bouclées le 3 novembre. Me Daphné Pugliesi prend la parole et explique que depuis huit semaines la défense attend les statuts des associations, ça n’est toujours pas fait. Elle déclare qu’elle rejettera tout si la défense ne les reçoit pas. C’est une vraie cacophonie. Le Président dit aux différentes parties de voir avec les avocats référents. Il continue : « En ce qui concerne Souliman et Samir L., des mandats d’amener ont été délivrés mais comme ça a été diffusé dans la presse, on ne trouve pas les témoins. Ce matin, un PV a été délivré chez son père qui affirme ne pas l’avoir vu depuis deux jours et il n’a pas son téléphone. Pour Samir L. on n’a rien. Son frère a dit qu’il allait contacter des gens en commun donc, voilà, euh, là aussi vaine recherche. La cour a déjà passé outre mais bon, on a tenté. » Me Safya Akorri : « Je suis sidérée que le seul et unique témoin qui accuse mon client, pour lequel il n’y a aucune preuve, ne soit pas présent, qu’on apprenne via un témoin son adresse, que l’adresse de son contrôle judiciaire ne soit pas la bonne et là le papa nous dit qu’il est parti y’a deux jours. Il n’a pas de téléphone alors qu’il est sous contrôle judiciaire. On se moque de la justice, de l’institution judiciaire. La défense est sidérée ! » L’avocat général : « Le Ministère Public est attaqué mais la police nous a dit qu’il avait quitté la France. Les services ont été saisis. » Ça hurle totalement entre le Ministère Public et la défense. Me Akorri : « Mais pas de difficulté, si l’accusation ne met pas tout en œuvre pour ce procès, pour que la lumière soit faite. C’est la même chose lorsque l’accusation ne cite pas la filière Lilloise ! »

Le Président continue sur autre chose et ça va crier, encore. Il explique que Peter Cherif, accusé dans ce dossier mais jugé plus tard, qui devait témoigner par visioconférence en prison vendredi finalement, le Président est embêté car « il ne veut pas témoigner ». Un mec en taule qui décide donc. Le Président poursuit : « Bon on a eu des mails de la prison qui indiquent que l’intéressé refuse de se présenter. Il est possible de l’amener de force mais, je dirais, je ne vois pas la cour… Est-ce utile ? Il ne va pas parler, je pose la question, alors voilà, la cour décidera s’il convient de passer outre. » Un avocat partie civile dit que Peter Cherif doit venir témoigner à la barre, le Président dit que pour des questions de sécurité c’est compliqué, d’autres parties civiles, à juste titre, réclament la venue de Peter Cherif, du moins son audition, l’avocat général dit qu’il refuse même de parler devant le juge d’instruction et l’avocat de Metin Karasular dit enfin quelque chose de pertinent : « Il est question de principe. Est-ce Peter Cherif qui décide ? Ou la cour ? Ce n’est pas lui qui décide, des choses doivent être respectées. » Le Président prend note. Et on continue dans le surréalisme.

Le premier jour de procès deux personnes s’étaient constituées partie civile, Monsieur Q. et un autre, chef d’État-major. Le Président l’appelle à la barre et lui dit qu’en fait on ne comprend pas ce qu’il fait là, pour que ce soit recevable il faut un lien direct, alors qui-est-il ? Il vient à la barre et dit : « Suite à l’attentat de Nice en juillet 2016, on s’est rendu compte qu’il y avait une violation, et il y a aussi une violation de la veille policière à Charlie Hebdo, la sécurité a été levée. » Le Président lui dit « Bon oui d’accord mais vous êtes qui ? Vous avez un lien avec les victimes ? » Et la partie civile citoyen répond que non, enfin… : « Je suis français, donc victime, un préjudice moral. Je représente la France. » Rien que ça ! Le Président le calme et lui dit : « Oui, bon, la cour vous a entendu. » Moi je pensais revoir Monsieur Q. qui a dû abandonner.

On s’apprête à poursuivre Michel Catino car après tout c’est son jour, quand d’un coup le Président dit : « Bon, les choses vont vites ! Samir L. est là, il s’est présenté de lui-même, on l’entendra dans l’après-midi. » C’est n’im-por-te-quoi. Retour à Michel Catino. Il est évoqué une ligne téléphonique qui a borné à des endroits X mais, et c’est un expert qui le dit, on ne peut pas savoir à qui appartient cette ligne téléphonique. Du coup le ministère public considère que c’est celle de Michel Catino et les avocats de ce dernier considèrent que non. Michel Catino est donc interrogé sur cette ligne et bien sûr il ne « sait pas nous dire ». Il y a des questions réponses mais qui reposent sur du vent donc ça ne sert à rien ! Avec des « et si » on arrive à tout mais là y’a que dalle. Du coup un avocat de Michel Catino, belge, prend la parole : « On ne va pas plaider l’innocence, il est coupable, il le reconnaît, mais pour le terrorisme non. On me parle d’hypothèse… Dans quelques jours nous serons en plaidoirie et il faudra parler preuves ! Si c’est ça ce que fournit l’anti-terrorisme belge, si c’est tout ce que nous avons, je ne peux pas partager la conclusion. On n’a rien vérifié, on a une interprétation à charge et je ne suis pas d’accord ! On doit penser à la présomption d’innocence ! » Me Beryl Brown expose quant à elle que cette fameuse ligne borne le 9 janvier 2015 à 23h à Liège, alors que Michel Catino est à Charleroi, puis à 2h du matin elle borne à Namur quand lui est en train de jouer sa chemise et son slip au casino. Par conséquent « cette ligne n’appartient pas à Michel Catino vissé à la table de poker. » Et ENFIN nous passons au témoin de Michel Catino. Il s’appelle Harry, il gère un stock américain, il a un look comme s’il s’apprêtait à rejoindre la tournée « Star 80 », il dit « interviewer » au lieu d’ « interroger ». Il dit : « Comment c’est possible que je sois atterri ici ? » Il est interrogé sur la législation belge sur les armes. Lui dans son stock il en vend pas mal, et notamment du type Nagant que Coulibaly avait. En PV il a dit qu’il était sûr à « nonante neuf % » d’avoir vendu à Michel Catino. Michel Catino baisse son masque, fait un énorme sourire et la salle rigole car il ressemble à Sim. Le témoin en fait ne le reconnaît pas, encore un témoin qui ne sert à rien. La défense démontre qu’Harry a arrêté de vendre le Nagant en 2013, quand Michel Catino en aurait acheté un en 2014, on se demande du coup le lien avec le procès.

Christopher S. arrive. Il est un témoin de Willy Prévost, on l’a mis là car le pauvre Michel Catino n’avait qu’un témoin. Christopher était avec Willy Prévost lorsque celui-ci a été interpellé. Il a l’air défoncé, il ne comprend pas le mot « serment » et il parle comme ça : « Après on se côtoyait vite fait, tac vas-y. Il avait des p’tits soucis vas-y j’l’ai hébergé. Après y’m fait des trucs, après j’savais qu’il devait de l’argent à Coulibaly, après c’est tout, après chais pas après… voilà. » Bon en fait il confirme que Coulibaly en avait après Willy Prévost qui se cachait chez lui. Il est en bisbille avec ce dernier car lorsque les flics l’ont interpellé ils ont tué le chien du témoin. Puis aussi le témoin a fait un casse avec Willy Prévost il y a fort longtemps et pendant que le témoin était en prison Willy Prévost est sorti avec sa nana. Non Willy Prévost n’est pas musulman, non il s’en fout de la politique, oui il préfère les pétards et la Playstation.

Et vient enfin Samir L., attendu depuis plusieurs semaines. Trentenaire, il est pas mal je ne l’imaginais pas si jeune et si séduisant. Le Président lui dit : « Bon vous êtes témoin mais vous avez été poursuivi dans le cadre de cette affaire et vous avez eu un non-lieu. Déjà on est content de vous voir, Monsieur. » Samir L. dit qu’il y avait vingt flics devant chez lui, «J’ai pas compris. » Le Président lui demande ce qu’il a à dire et ça va être une fois n’est pas coutume, compliqué. Au début il est très réfractaire, il ne veut plus parler de cette histoire : « J’ai été incarcéré dans l’histoire à Lille et dans Charlie. J’ai rien à voir avec Charlie, j’ai jamais vendu d’arme ni acheté, j’étais innocent, j’ai eu un non-lieu. » Le Président : « Non-lieu motivé par le fait que vous avez déjà été jugé à Lille, et en appel à Douai vous avez été condamné à quatre ans. » Retour en arrière nécessaire. Samir L. est accusé dans cette affaire par Claude Hermant, « l’indic d’extrême droite ». Hermant aurait vendu des armes à Samir L. qui aurait vendu pour Coulibaly. Samir L. est aussi l’oncle par alliance de Mohamed Farès accusé dans cette affaire. Hermant a dit que Samir L. était « protégé ». Samir L. va expliquer son histoire avec Claude Hermant : « J’ai voulu acheter une friterie, je me suis retrouvé avec des armes, c’est un manipulateur. » Samir L. raconte qu’en fait il voulait acheter la friterie d’Hermant, qui est donc à la fois un marchand d’armes, un indic pour la gendarmerie ou la douane, et un restaurateur. Hermant [d’après Samir L.] lui donne régulièrement des armes que Samir L. stocke chez lui et ne vend pas, il fait juste des photos, puis Hermant récupère les armes. Samir L. explique que Hermant faisait ça pour le faire tomber, vu qu’il était indic. A la fin Samir L. a compris que jamais il n’aurait la friterie. Le Président rétorque que Hermant affirme avoir vendu les armes à Samir L. et qu’il était même son seul client exclusif, c’est la parole de l’un contre l’autre. Samir L. explique : « Y’a pas de client. » Le Président demande si Samir L. connaît Mohamed Farès, Samir L. dit que oui « comme ça, car c’est le mari de ma nièce », mais ils ne se fréquentent pas, d’ailleurs Sami L. est fâché avec toute sa famille depuis des années. Comme d’habitude, la partie civile ne pose pas de question, à chaque fois sur des témoins clefs elle laisse passer, c’est intéressant. Puis les différents avocats de la défense lui demandent à tour de rôle s’il connaît leurs clients ? Non, Samir L. ne connaît ni Amar Ramdani, ni Saïd Makhlouf et a eu très peu de contacts avec Mohamed Farès. Me Coutant-Peyre prend la parole et note comme moi que « bizarrement, les parties civiles ne posent pas de questions. » Elle poursuit et dit : « Comme on le sait les armes de Coulibaly viennent de chez Claude Hermant, mais Hermant il dit que son seul client c’est vous, pourquoi ? » Samir L. : « Pour pas dénoncer les autres. » Me Coutant-Peyre rappelle que Claude Hermant est « un indic », Samir L. : « Moi j’ai été incarcéré dans cette procédure, Hermant il a jamais été incarcéré alors que c’est lui qui a vendu les armes. » « Effectivement. » dit Me Coutant-Peyre, Claude Hermant n’a jamais été inquiété. Fin de cette journée complètement décalée.

M Écrit par :

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