{"id":119,"date":"2020-09-11T17:19:27","date_gmt":"2020-09-11T15:19:27","guid":{"rendered":"http:\/\/chroniquer.fr\/?p=119"},"modified":"2021-02-04T15:32:44","modified_gmt":"2021-02-04T14:32:44","slug":"cest-patrick-pelloux-qui-mannonce-sa-mort-je-veux-tuer-pelloux","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/chroniquer.fr\/index.php\/2020\/09\/11\/cest-patrick-pelloux-qui-mannonce-sa-mort-je-veux-tuer-pelloux\/","title":{"rendered":"\u00ab C&rsquo;est Patrick Pelloux qui m&rsquo;annonce sa mort&#8230;Je veux tuer pelloux \u00bb"},"content":{"rendered":"\n<div class=\"wp-block-image\"><figure class=\"aligncenter size-large\"><img loading=\"lazy\" width=\"605\" height=\"949\" src=\"https:\/\/chroniquer.fr\/wp-content\/uploads\/2020\/09\/119120252_982029075596660_5454563776750088429_n.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-120\" srcset=\"https:\/\/chroniquer.fr\/wp-content\/uploads\/2020\/09\/119120252_982029075596660_5454563776750088429_n.jpg 605w, https:\/\/chroniquer.fr\/wp-content\/uploads\/2020\/09\/119120252_982029075596660_5454563776750088429_n-191x300.jpg 191w\" sizes=\"(max-width: 605px) 100vw, 605px\" \/><\/figure><\/div>\n\n\n\n<p>Vendredi 11 septembre 2020. 6<sup>\u00e8me<\/sup> audience.<\/p>\n\n\n\n<p>De nouveau le contr\u00f4le des identit\u00e9s. Hier (o\u00f9 j\u2019\u00e9tais absente), il y a eu de nouveaux incidents. J\u2019ai r\u00e9ussi \u00e0 r\u00e9cup\u00e9rer le planning du proc\u00e8s et les flics m\u2019ont propos\u00e9 \u00ab&nbsp;un caf\u00e9 ? Ou un croissant ?&nbsp;\u00bb, j\u2019investis le monde de la r\u00e9pression. On continue avec les t\u00e9moignages des familles, c\u2019est H\u00e9l\u00e8ne F. qui ouvre la journ\u00e9e. Elle est la derni\u00e8re compagne de Bernard Maris depuis 2012. Elle lit un texte car \u00ab&nbsp;elle a peur de tout oublier&nbsp;\u00bb. Elle explique qu\u2019elle \u00e9tait la compagne de Bernard Maris depuis la mort de sa femme. Ce 7 janvier 2015 \u00ab&nbsp;Il avait h\u00e2te d\u2019aller \u00e0 Charlie. On n\u2019a pas dormi ensemble la nuit du 6, le matin du 7 je lui ai envoy\u00e9 un SMS pour avoir son avis sur un article que je voulais \u00e9crire il m\u2019a \u00e9crit : &nbsp;<em>Super id\u00e9e mon amour<\/em>&nbsp;\u00bb A 11h45 elle apprend la fusillade \u00e0 Charlie, elle prend le m\u00e9tro. Elle pleure : \u00ab&nbsp;Je n\u2019arrivais plus \u00e0 parler.&nbsp;\u00bb Elle a la voix pleine de larmes. \u00ab&nbsp;C\u2019est Patrick Pelloux qui me dit <em>Bernard est mort<\/em>&nbsp;\u2026 Je veux tuer Pelloux\u2026 Je me souviens d\u2019une couverture de survie, que je claque des dents. J\u2019ai tant pleur\u00e9 depuis le d\u00e9but de ce proc\u00e8s. La vie est d\u00e9vast\u00e9e.&nbsp;\u00bb Elle a la voix tr\u00e8s douce, elle dit que peu avant Bernard Maris lui avait dit : \u00ab&nbsp;Avec un peu de chance j\u2019entame maintenant la meilleure p\u00e9riode de ma vie.&nbsp;\u00bb Elle s\u2019arr\u00eate, le Pr\u00e9sident prend le relais, il lui dit qu\u2019elle \u00ab&nbsp;donne de l\u2019humain l\u00e0 o\u00f9 il y a eu de la barbarie&nbsp;\u00bb. Il retrace le parcours de Bernard Maris avec l\u2019intonation du mec un peu admiratif : \u00ab&nbsp;Il a \u00e9t\u00e9 prof de fac, \u00e9conomiste, journaliste, essayiste \u00e0 France Inter, Charlie Hebdo, o\u00f9 il \u00e9tait Oncle Bernard&nbsp;\u00bb. Elle continue : \u00ab&nbsp;Inconsciemment je me suis rendu compte qu\u2019au proc\u00e8s je me mettais \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de Laurent comme dans le bus de rapatriement des familles le 7. Je me souviens aussi du hurlement de Chlo\u00e9, la femme de Tignous&#8230;&nbsp;\u00bb Le Pr\u00e9sident lui dit de prendre son temps. Son avocat l\u2019interroge sur \u00ab&nbsp;la vie apr\u00e8s&nbsp;\u00bb, elle ne r\u00e9pond pas, elle h\u00e9site : \u00ab&nbsp;Apr\u00e8s\u2026 Je suis devenue un peu folle je crois, je le voyais partout, je lui parlais.&nbsp;\u00bb Il y a un long silence. \u00ab&nbsp;J\u2019ai \u00e9t\u00e9 sauv\u00e9e par les enfants et la psy de l\u2019h\u00f4pital, je la remercie&#8230; C\u2019est comme un trou que rien ne vient combler.&nbsp;\u00bb Elle \u00e9voque aussi \u00e0 quel point Bernard Maris \u00e9tait \u00e0 la fois un bon p\u00e8re et combien il aimait les enfants de ses diff\u00e9rentes compagnes.<\/p>\n\n\n\n<p>Vient Gabrielle, la fille donc, elle a les m\u00eames yeux que son p\u00e8re. Elle ne savait pas si elle allait pouvoir parler de \u00ab&nbsp;ce p\u00e8re merveilleux&nbsp;\u00bb. Dans la main elle a un \u00e9norme mouchoir en tissu. Elle le remercie : \u00ab&nbsp;C\u2019\u00e9tait mon p\u00e8re \u00e0 moi, le mien, dans ces moments terribles je me disais que j\u2019avais eu cette chance l\u00e0, de l\u2019avoir eu comme p\u00e8re. Un jour on se promenait dans la rue et il a vu quelqu\u2019un sourire, il a arr\u00eat\u00e9 de parler et a dit : <em>&nbsp;J\u2019adore voir les gens sourire dans la rue. <\/em>&nbsp;Mon p\u00e8re m\u2019a donn\u00e9 un amour de la vie, et tout \u00e7a\u2026 \u00e7a devient rien, un cauchemar. On peut pas perdre quelqu\u2019un comme \u00e7a. Je pense qu\u2019il a eu hyper peur, il faut imaginer, \u00e7a fait tellement mal d\u2019imaginer quelqu\u2019un qu\u2019on aime avoir peur comme \u00e7a, j\u2019avais envie de lui tenir la main, d\u2019\u00eatre avec lui.&nbsp;\u00bb Elle comprend l\u2019\u00e9motion suscit\u00e9e par l\u2019attentat mais elle dit : \u00ab&nbsp;Il y a eu trop de bruit, d\u00e8s que j\u2019allumais la t\u00e9l\u00e9 on parlait d\u2019eux, le 13 novembre, je l\u2019ai appris par sms.&nbsp;\u00bb Elle continue : \u00ab&nbsp;J\u2019avais envie d\u2019\u00eatre avec lui alors que j\u2019ai mes enfants, mon mari. Si j\u2019avais \u00e9t\u00e9 avec lui peut-\u00eatre que \u00e7a aurait \u00e9t\u00e9 plus doux pour lui.&nbsp;\u00bb Elle dit cette phrase-l\u00e0 en se cachant les yeux avec les mains, c\u2019est super fort. Elle demande \u00e0 lire des mots, \u00e9crits par son p\u00e8re, o\u00f9 il parle de \u00ab&nbsp;po\u00e9sie, de contradictions, de Charlie, d\u2019un verre de rouge et non de flaque de sang, de rires, d\u2019injonctions au rire&nbsp;\u00bb Il se termine par \u00e7a : \u00ab&nbsp;Riez. Riez.&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Rapha\u00ebl arrive \u00e0 la barre. Il est le demi-fr\u00e8re de Gabrielle. Il est n\u00e9 en 1996, il lui ressemble aussi. Il commence : \u00ab&nbsp;J\u2019ai eu mon p\u00e8re pendant 18 ans.&nbsp;\u00bb Il explique que le matin du 7 janvier 2015 il \u00e9tait \u00e0 Montauban. Il apprend l\u2019attaque par une copine, alors \u00ab&nbsp;H\u00e9l\u00e8ne a t\u00e9l\u00e9phon\u00e9 \u00e0 ma m\u00e8re, j\u2019ai compris en voyant le regard de ma m\u00e8re qu\u2019il \u00e9tait mort\u2026 Je sais pas ce qu\u2019il s\u2019est pass\u00e9, je suis perdu.&nbsp;\u00bb Le lendemain il vient \u00e0 Paris. Il n\u2019a pas voulu voir son p\u00e8re mort, il voulait garder \u00ab&nbsp;le sourire, des choses comme \u00e7a&nbsp;\u00bb, il explique que retourner chez son p\u00e8re a \u00e9t\u00e9 \u00ab&nbsp;affreux, le temps s\u2019\u00e9tait fig\u00e9, il y avait les tasses, tout \u00e7a.&nbsp;\u00bb Il raconte quel genre de papa c\u2019\u00e9tait, il l\u2019obligeait \u00e0 \u00ab&nbsp;regarder Tintin, objectif lune et l\u2019Etoile myst\u00e9rieuse. On regardait les \u00e9toiles aussi, je fais des \u00e9tudes de physique.&nbsp;\u00bb Il raconte comment son p\u00e8re \u00e9tait distrait et qu\u2019un jour \u00ab&nbsp;il a mang\u00e9 toutes mes chocolatines, pardon des pains au chocolat.&nbsp;\u00bb Il est tr\u00e8s tr\u00e8s timide et mal \u00e0 l\u2019aise, il fixe le sol pendant tout son t\u00e9moignage et ne l\u00e8vera les yeux qu\u2019au moment d\u2019\u00eatre interrog\u00e9, il a \u00e9norm\u00e9ment de mal \u00e0 s\u2019exprimer, m\u00eame quand son avocate lui tend la perche, il est quasiment \u00e0 deux doigts de faire un malaise, il se touche la poitrine \u00e0 droite, deux fois, m\u00eame le Pr\u00e9sident le ressent, il s\u2019appr\u00eate \u00e0 d\u00e9livrer Rapha\u00ebl de cette souffrance en disant : \u00ab&nbsp;Bon.&nbsp;\u00bb Rapha\u00ebl se reprend et termine sur un hommage \u00e0 la libert\u00e9 d\u2019expression. C\u2019est la fin du t\u00e9moignage, Rapha\u00ebl s\u2019appr\u00eate \u00e0 quitter la barre mais \u00e0 ce moment-l\u00e0 Ali Polat se l\u00e8ve et se met \u00e0 invectiver l\u2019audience. Il n\u2019a pas de micro, on n\u2019entend pas, on a juste le temps d\u2019entendre r\u00e9clamer que \u00ab&nbsp;\u00e7a suffit&nbsp;\u00bb. Au m\u00eame moment Me Coutant-Peyre, avocate de Polat, veut s\u00fbrement d\u00e9fendre son client, elle prend la parole. Le Pr\u00e9sident, pour une fois intransigeant : \u00ab&nbsp;NON STOP vous arr\u00eatez&nbsp;!&nbsp;\u00bb et\u2026 l\u2019\u00e9cran est coup\u00e9, quinze minutes de suspension sont d\u00e9cid\u00e9es en urgence.<\/p>\n\n\n\n<p>Retour quinze minutes plus tard, le Pr\u00e9sident commente : \u00ab&nbsp;Il est inadmissible que les accus\u00e9s se l\u00e8vent comme \u00e7a. Vous aurez la parole mais je vous interdis de dire quoi que ce soit, de faire \u00e9tat de menace ou d\u2019insulte.&nbsp;\u00bb Apparemment Polat aurait cri\u00e9 que \u00ab&nbsp;Mardi il allait parler&nbsp;\u00bb. Lui il nous fait un teasing de ouf depuis le d\u00e9but.<\/p>\n\n\n\n<p>Chlo\u00e9 arrive \u00e0 la barre, elle est la veuve de Bernard Verlhac alias Tignous., elle a la confiance de la nana qui doit bosser dans le spectacle vivant et aussi celui de la personne qui n\u2019a plus rien \u00e0 perdre car elle a d\u00e9j\u00e0 tout perdu. Elle commence direct : \u00ab&nbsp;Je veux dire que c\u2019est \u00e9trange d\u2019\u00eatre ici, \u00e7a devrait pas \u00eatre \u00e7a, \u00e7a aurait pas d\u00fb arriver.&nbsp;\u00bb Elle raconte qu\u2019apr\u00e8s les attentats son fils de 5 ans croyait qu\u2019il n\u2019irait plus \u00e0 l\u2019\u00e9cole car : \u00ab&nbsp;Je suis pas du matin, c\u2019est Tignous qui emmenait Solal \u00e0 l\u2019\u00e9cole.&nbsp;\u00bb Tignous avait deux enfants en bas \u00e2ge avec Chlo\u00e9 et deux filles d\u2019un premier couple. Le 7 janvier elle \u00e9tait sur Internet : \u00ab&nbsp;C\u2019\u00e9tait les soldes, je commandais des jeans \u00e0 Tignous. Je vais chercher Solal un peu avant midi et je re\u00e7ois un coup de fil de Eric le cousin de Tignous. Je suis contente car on s\u2019est pas encore souhait\u00e9 la bonne ann\u00e9e. Il me dit que y\u2019a eu une fusillade \u00e0 Charlie, rien d\u2019autre, je lui dis que je le rappelle, apr\u00e8s je vais t\u00e9l\u00e9phoner \u00e0 Tignous. Je n\u2019ai jamais rappel\u00e9 Eric.&nbsp;\u00bb Elle arrive \u00e0 la maternelle de son fils sans savoir autre chose que la fusillade : \u00ab&nbsp;J\u2019ai vu Solal, il \u00e9tait sur son petit banc, il m\u2019attendait, il avait une casquette qu\u2019il avait gagn\u00e9e \u00e0 un tournois de basket, je l\u2019ai vu et je m\u2019en souviens tr\u00e8s bien car j\u2019ai pens\u00e9 que c\u2019\u00e9tait la derni\u00e8re fois qu\u2019il \u00e9tait insouciant, que son enfance s\u2019arr\u00eatait ici.&nbsp;\u00bb Elle t\u00e9l\u00e9phone apr\u00e8s \u00e7a \u00e0 Luz, Charb, Patrick Pelloux, elle n\u2019arrive \u00e0 avoir personne. \u00ab&nbsp;Puis je tel \u00e0 Coco qui d\u00e9croche et qui me dit : <em>&nbsp;Chlo\u00e9, viens vite, je sais pas s\u2019il est encore vivant.<\/em>&nbsp;\u00bb Elle se rend chez Charlie, elle se pr\u00e9sente, on ne lui dit rien. Elle va \u00e0 l\u2019h\u00f4pital : \u00ab&nbsp;Je voulais savoir s\u2019il \u00e9tait vivant ou bless\u00e9. A l\u2019h\u00f4pital un grand docteur me dit qu\u2019on ne sait rien et l\u00e0 une infirmi\u00e8re se met \u00e0 hurler : <em>Mais dites-lui ! R\u00e9pondez-lui, c\u2019est insupportable&nbsp;!<\/em>&nbsp;\u00bb&nbsp; Alors Chlo\u00e9 demande \u00e0 voix haute : \u00ab&nbsp;Il est mort ?&nbsp;\u00bb Puis : \u00ab&nbsp;Je tourne la t\u00eate et je vois Patrick Pelloux et Luz assis. Au moment o\u00f9 je croise le regard de Luz il hoche la t\u00eate. Tignous est mort.&nbsp;\u00bb Elle ne veut pas parler plus du 7 janvier \u00ab&nbsp;alors que je le vis inlassablement&nbsp;\u00bb. Elle explique que de retour chez elle il y avait une centaine de personnes, des amis : \u00ab&nbsp;On aurait dit qu\u2019on formait un radeau, le radeau des naufrag\u00e9s&nbsp;\u00bb. Elle tient \u00e0 dire des choses, d\u2019abord elle explique l\u2019enfance tr\u00e8s modeste de Tignous, \u00ab&nbsp;lui aussi de la cit\u00e9&nbsp;\u00bb, \u00ab&nbsp;Il a choisi de devenir Tignous, on devient ce qu\u2019on veut \u00eatre, il n\u2019y a pas de fatalit\u00e9, pas de d\u00e9terminisme \u00e0 \u00eatre un terroriste. Je veux aussi dire que moi j\u2019ai besoin d\u2019entendre ici \u00e0 cette audience des valeurs de la\u00efcit\u00e9, de fraternit\u00e9, de solidarit\u00e9.&nbsp;\u00bb Elle continue : \u00ab&nbsp;Oui il \u00e9tait dessinateur, mais aussi il \u00e9tait mon amoureux, mon mari, mon ami, un papa, il \u00e9tait aussi le seul gar\u00e7on du club d\u2019aquagym.&nbsp;\u00bb Elle pourrait parler de Tignous toute la journ\u00e9e tant elle d\u00e9borde d\u2019amour. Elle termine en disant : \u00ab&nbsp;Les religions, les sectes, emprisonnent les gens, voil\u00e0 ce que Tignous pensait.&nbsp;\u00bb Elle a amen\u00e9 des dessins et des photos de Tignous. Quand la premi\u00e8re photo appara\u00eet elle dit : \u00ab&nbsp;MAIS REGARDEZ COMME IL EST BEAU.&nbsp;\u00bb Il y a une photo, c\u2019est Tignous avec ses quatre enfants, cinq paires de tong, on devine le camping pas loin, le sable qui laisse de la poussi\u00e8re. Elle dit que l\u2019une des premi\u00e8res filles de Tignous dit de cette photo : \u00ab&nbsp;on est tous moches dessus.&nbsp;\u00bb Chlo\u00e9 Verlhac : \u00ab&nbsp;Non, ils sont tous beaux.&nbsp;\u00bb Elle a raison. Ils se tiennent tous la main dessus la photo comme une guirlande de gens et y\u2019a les marques de bronzage. C\u2019est la pause d\u00e9jeuner.<\/p>\n\n\n\n<p>Pendant ce temps-l\u00e0 je pense aux accus\u00e9s, \u00e0 quoi ils pensent ? Est-ce que ceux qui sont accus\u00e9s d\u2019avoir vendu des armes se disent : \u00ab&nbsp;Ben voil\u00e0 les armes que je vends, \u00e7a fait \u00e7a&nbsp;\u00bb, \u00e7a d\u00e9truit le corps de Simon Fieschi, \u00e7a d\u00e9truit des familles. A quoi ils pensent ceux qui ont juste cru que \u00e7a allait \u00eatre un braquage ? Quand ils voient le cadavre de Charb dans du sang ? Et qu\u2019ils entendent la douleur de Chlo\u00e9 ? Retour \u00e0 l\u2019audience et Jip\u00e9 le retrait\u00e9 est ultra v\u00e9n\u00e8re qu\u2019on lui demande sa carte d\u2019identit\u00e9 : \u00ab&nbsp;J\u2019ai JAMAIS vu \u00e7a.&nbsp;\u00bb A c\u00f4t\u00e9 de lui une dame parle du \u00ab&nbsp;radicalisme chez les fonctionnaires y\u2019en a beaucoup !&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019audience commence avec deux jeunes femmes \u00e0 la barre, Marie et Jeanne. Elles ont demand\u00e9 \u00e0 t\u00e9moigner ensemble, \u00e7a a \u00e9t\u00e9 accept\u00e9, elles sont les premi\u00e8res filles de Tignous. Y\u2019en a une qui a une robe, elle a 25 ans, l\u2019autre un jean patte d\u2019eph et des Birkenstock, elle a 23 ans. Elles sont l\u00e0 : \u00ab&nbsp;Pas beaucoup, juste pour dire une ou deux anecdotes&nbsp;\u00bb sur \u00ab&nbsp;ce papa, on ne dit plus ce mot.&nbsp;\u00bb Elles voulaient t\u00e9moigner de leur fratrie recompos\u00e9e, ce papa \u00ab&nbsp;merveilleux qui nous a appris \u00e0 optimiser l\u2019espace d\u2019un lave-vaisselle&nbsp;\u00bb, elles expliquent qu\u2019il ne savait leur faire que des palmiers sur la t\u00eate quand elles \u00e9taient petites, qu\u2019il leur disait dix fois \u00ab&nbsp;je t\u2019aime&nbsp;\u00bb chaque jour, \u00ab&nbsp;il se levait &nbsp;<em>Bonjour je t\u2019aime, au revoir je t\u2019aime<\/em>&nbsp;\u00bb, elles pensaient que c\u2019\u00e9tait la normalit\u00e9. Tous les t\u00e9moignages sur Tignous d\u00e9gueulent d\u2019amour, c\u2019est tr\u00e8s tr\u00e8s beau.<\/p>\n\n\n\n<p>Voil\u00e0 Louiza la fille de Mustapha Ourrad, le correcteur de Charlie, il a \u00e9t\u00e9 tu\u00e9. Elle n\u2019\u00e9tait pas s\u00fbre d\u2019avoir la force de t\u00e9moigner. Elle parle de la Kabylie, de ce papa arriv\u00e9 en France dans les ann\u00e9es 80 qui est all\u00e9 direct sur la tombe de Baudelaire pour y mettre deux gitanes, un cadeau car \u00ab&nbsp;mon p\u00e8re pensait que c\u2019est ce qu\u2019il aurait fum\u00e9 \u00e0 cette \u00e9poque&nbsp;\u00bb. Elle explique qu\u2019il est devenu correcteur en 1995, que c\u2019\u00e9tait un amoureux du Fran\u00e7ais, sa troisi\u00e8me langue. Elle dit que normalement il n\u2019allait pas au journal le mercredi mais l\u00e0 il y avait un hors-s\u00e9rie et fallait le boucler. Elle est super timide, elle dit : \u00ab&nbsp;Je n\u2019\u00e9tais pas partie civile. En fait au printemps 2014 on a d\u00e9cel\u00e9 une tumeur au cerveau chez maman et elle s\u2019est mise partie civile direct. Maman est d\u00e9c\u00e9d\u00e9e en 2018, j\u2019ai pris le relais.&nbsp;\u00bb Quand elle dit \u00e7a elle s\u2019\u00e9touffe dans ses sanglots et moi aussi. C\u2019est peut-\u00eatre l\u2019accumulation de t\u00e9moignages durs, ou peut-\u00eatre le contraste \u00e9norme entre les t\u00e9moignages pour Tignous qui r\u00e9sumaient une vie comme un joyeux bordel o\u00f9 les ex c\u00f4toient les actuelles, la centaine d\u2019amis, les deux t\u00e9moignages racontent la m\u00eame chose mais chez Chlo\u00e9 il y a le partage avec des dizaines d\u2019amis, chez Louiza c\u2019est la solitude. Elle a 26 ans, 21 ans quand son p\u00e8re meurt. Elle n\u2019a plus que son fr\u00e8re plus jeune qu\u2019elle. Elle essaie quand m\u00eame de raconter son p\u00e8re qui aimait Brassens, Brel, L\u00e9o Ferr\u00e9 et Idir, elle raconte les vacances en Ard\u00e8che. Elle termine en pleurant : \u00ab&nbsp;Chaque jour il me manque, \u00e0 moi et \u00e0 mon fr\u00e8re.&nbsp;\u00bb M\u00eame dans \u00e7a, dans l\u2019amour qu\u2019elle porte encore \u00e0 son p\u00e8re, elle semble s\u2019excuser. Le Pr\u00e9sident \u00e9voque un peu Mustapha, homme de l\u2019ombre. C\u2019est bien il faut le faire pour conna\u00eetre cet homme qui a transmis sa discr\u00e9tion \u00e0 sa fille et moi je pleure sous mon masque. Une pause est demand\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<p>Et voil\u00e0 Jean-Fran\u00e7ois Khan, JFK. J\u2019ai, et \u00e7a fait du bien, un \u00e9norme sourire quand il arrive. J\u2019ai appris \u00e0 lire sur ses articles \u00e0 6 ans, je l\u2019aime \u00e9norm\u00e9ment. A la question \u00ab&nbsp;Quelle est votre profession&nbsp;? \u00bb il dit&nbsp;: \u00ab&nbsp;Retrait\u00e9&nbsp;!&nbsp;\u00bb Il est appel\u00e9 \u00e0 t\u00e9moigner pour Tignous, du coup il va causer de Jaur\u00e8s et de Gandhi. JFK a embauch\u00e9 Tignous \u00e0 \u00ab&nbsp;l\u2019\u00c9v\u00e8nement du jeudi&nbsp;\u00bb, il nous raconte : \u00ab&nbsp;Un mec formidable et puis\u2026 j\u2019\u00e9tais jaloux ! Il savait dessiner ! Pas moi !&nbsp;\u00bb Il raconte son amiti\u00e9, sa tendresse. \u00ab&nbsp;Alors, toujours de gauche ?&nbsp;\u00bb il lui disait \u00e0 chaque rencontre. Tr\u00e8s vite l\u2019avocat de Tignous pose une question, il lui demande son avis en tant qu\u2019\u00e9ditorialiste sur ces attentats. JFK : \u00ab&nbsp;Je ne comprends pas qu\u2019on dise que ce sont des barbares, des sauvages ! Mais non ! S\u2019ils sont barbares ils sont innocents ! C\u2019est pas de leur faute ! Ils sont pas barbares&nbsp;! Ils sont semblables \u00e0 nous, ils ont \u00e9t\u00e9 pris dans les filets du \u2026 fanatisme ! Voil\u00e0, c\u2019est tout ! C\u2019est \u00e7a qui tue Jaur\u00e8s ! C\u2019est \u00e7a qui tue Gandhi ! Allez, encore plus loin&nbsp;: les pogroms c\u2019est \u00e7a, mais oui oui oui ! \u00bb Apr\u00e8s il raconte diff\u00e9rents voyages au cours de sa carri\u00e8re de journaliste et qu\u2019il a vu ce qu\u2019\u00e9tait le fanatisme. L\u2019avocat lui parle du t\u00e9moignage de Fabrice Nicolino qui a amen\u00e9 la politique au proc\u00e8s. JFK qui part dans tous les sens : \u00ab&nbsp;Il y a deux choses&nbsp;: j\u2019ai beaucoup combattu une certaine forme de tol\u00e9rance vis \u00e0 vis de l\u2019islamisme qui vient de la gauche. Il y a quelque chose de pervers dans cette complaisance MAIS il ne faut pas basculer dans une culpabilit\u00e9 objective ou subjective, on peut, ON PEUT BIEN SUR ! MAIS OUI BIEN SUR ON PEUT, on peut avoir un discours anti bourgeois, sans les rendre complices du Stalinisme.&nbsp;\u00bb L\u2019avocat : \u00ab&nbsp;Que pensez-vous des gens qui affirment ne pas \u00eatre Charlie cinq ans apr\u00e8s ?&nbsp;\u00bb JFK : \u00ab&nbsp;On ne peut pas ! C\u2019est inconcevable ! Attention, entendons-nous, qu\u2019on ne soit pas Charlie apr\u00e8s les faits car on n\u2019aime pas les caricatures, que c\u2019est irrespectueux, tr\u00e8s bien ! Mais cinq ans apr\u00e8s NON, il FAUT \u00eatre Charlie aujourd\u2019hui&nbsp;! \u00bb L\u2019avocat de la d\u00e9fense qui n\u2019aime pas porter le masque, \u00e7a va \u00eatre compliqu\u00e9 : \u00ab&nbsp;Vous avez un message \u00e0 transmettre aux accus\u00e9s dans le box qui consid\u00e8rent qu\u2019ils ne sont pas terroristes ?&nbsp;\u00bb JFK : \u00ab&nbsp;Mais non ! Ce proc\u00e8s est l\u00e0 pour \u00e7a et je connais pas le dossier.&nbsp;\u00bb L\u2019avocat continue et se reprend : \u00ab&nbsp;Attendez,&nbsp;vous n\u2019avez rien \u00e0 dire \u00e0 des jeunes dans la mouvance terroriste ?&nbsp;\u00bb Branle-bas de combat de la part de TOUTES les parties civiles : \u00ab&nbsp;Ma\u00eetre, vous avez \u00e9voqu\u00e9 les accus\u00e9s dans le box, pas les jeunes dans la mouvance terroriste globalement&nbsp;!&nbsp;\u00bb La cour se soul\u00e8ve, alors l\u2019avocat de la d\u00e9fense : \u00ab&nbsp;Je reformule&nbsp;: Jean-Fran\u00e7ois Khan, vous n\u2019avez rien \u00e0 dire aux jeunes ?&nbsp;\u00bb Les rires fusent tant il a chang\u00e9 sa question. JFK \u00e9carte les mains :&nbsp;\u00ab&nbsp;NON !&nbsp;\u00bb Me Coutant-Peyre arrive et elle cherche \u00e0 savoir : \u00ab&nbsp;Pourquoi l\u2019\u00c9tat Fran\u00e7ais est pris pour cible ?&nbsp;\u00bb JFK : \u00ab&nbsp;Eh bien ! \u00c7a peut arriver, c\u2019est tout ! Il suffit de trouver quelqu\u2019un qui n\u2019est pas d\u2019accord.&nbsp;\u00bb Me Coutant-Peyre : \u00ab&nbsp;J\u2019ai pas \u00e9t\u00e9 assez claire, quelles sont les causes ?&nbsp;\u00bb JFK : \u00ab&nbsp;Je vous l\u2019ai dit, d\u00e9j\u00e0 la l\u00e2chet\u00e9, la b\u00eatise\u2026&nbsp;\u00bb Encore un coup : \u00ab&nbsp;Des intellectuels ont \u00e9t\u00e9 mis en cause, que pensez-vous de \u00e7a ?&nbsp;\u00bb JFK \u00e0 son maximum de cris aigus et d\u2019exclamations : \u00ab&nbsp;Je combats fermement les id\u00e9es d\u2019Edwy Plenel sur \u00e7a MAIS EST-CE QU\u2019EDWY PLENEL EST RESPONSABLE DES ATTENTATS JE DIS NON. \u00bb Fin de l\u2019audition de JFK et je pars. Je descendrai \u00e0 Jaur\u00e8s avec une pens\u00e9e pour Jean-Fran\u00e7ois. Arriv\u00e9e chez moi je regarde vite fait si l\u2019audience est finie. Chaque accus\u00e9 a pris la parole quelques minutes pour pr\u00e9senter des condol\u00e9ances, parler des familles de victimes, des excuses, m\u00eame Ali Polat. Je les retrouve mardi !<\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p>Cr\u00e9dit photo: Martin Argyroglo<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Vendredi 11 septembre 2020. 6\u00e8me audience. De nouveau le contr\u00f4le des identit\u00e9s. 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