
Février 2026 : le 10 Marco est mort, ça faisait une dizaine de jours qu’il était de retour chez lui en HAD, comme maman, je savais qu’il allait mourir j’avais prévu de rentrer en mars comme d’hab depuis 3 ans, mes vacances c’est pas toujours Paris c’est toujours la Charente, il a pas tenu, alors je suis descendue avant mars.
il y a eu l’enterrement dans ce même cimetière de septembre 2022, avec plus ou moins les mêmes gens, le village qui vient dire salut à Marco, dans ce genre de village on est un pays, Marco était de ce pays, il a toujours vécu dans la même maison. Dans le cimetière Marco est arrivé sur « Bamboleo » des Gipsy Kings et les gouttes de pluie coulaient sur les verres des lunettes. Marco qui accueillait tout le monde chez lui, tout le monde était « son copain », Marco qui hurlait au téléphone « ALLÔ MES COUILLES » lorsque des spams l’appelaient, Marco avec sa tête de marlou, chapeau de cowboy vissé sur la tête, bien sûr qu’il a son chapeau dans son cercueil et c’est bien la première fois où on l’a pas vu ramener sa fraise sur tout et n’importe quoi.
Marco il avait toujours la goutte au nez et il rangeait son mouchoir dans sa manche comme une mamie qui porte une blouse 3 Suisses. Son visage s’illuminait quand il allait sortir une connerie et il s’esclaffait avec le copain du moment, celui présent sur le canapé avec lui. « On dit des conneries oh on rigole Manou » c’était une de ses phrases répétées 10 fois par jour: La goule de Marco personne de ce pays ne pourra l’oublier. Maintenant Marco est pas très loin de maman. Comme quand ils étaient vivants en fait. Séparés par une rue ou une seule voiture peut passer, là ils ont trois allées de cimetières entre eux.
Quand il est rentré chez lui il y a peu, il a dit à sa sœur : « je vais rejoindre maman ? », Mamie Paulette est décédée il y deux ans, parce qu’au final il n’y a que ça qui compte, il y a ceux qu’on quitte et il y a ceux qu’on retrouve peut-être. Moi je suis très proche de la sœur de Marco je les ai toujours connus, nos famille sont liées, plus qu’avec des liens du sang, ce sont les liens de l’amour, c’est chez sa sœur que j’ai crèché pour les funérailles, plus facile de passer une nuit à Cognac pour le train, plus facile de pas revivre la mort dans la rue de ma mère. On a tous dit au revoir à Marco, le seul qui parlait un charentais qui existe de moins en moins, à son rire de fumeur, ses insultes, ses analyses géo politiques après avoir regardé BFMTV pendant 5 h de suite, la façon dont il disait « zensky » pour parler du président ukrainien ( « un mec bien » ) de « drump » pour le Donald américain ( « un fou ») ou « clisswood » pour me raconter un film de Clint Eastwood qu’il avait vu la veille, Marco et son slip qu’il me montrait fièrement avec deux cannes en guise de guiboles vu qu’il pesait 45 kilos à peine.
Il y a un an ou deux après avoir lu « la Charente libre » comme chaque jour et avoir regardé BFM il a dit pour m’expliquer la situation internationale : « O fume, on sait pas c’qui va nous tomber sur l’coin d’la goule » et c’est vrai, on sait jamais c’qui va nous tomber sur l’coin d’la goule. Il s’est inquiété : « tu viendras là Manou tu vas pas rester à Paris O va péter partout » Marco il connaissait tout, dès qu’on parlait d’un endroit il disait : « ah je connais c’est au rond point à droite là» et oui y’avait toujours un truc à droite à côté d’un rond point. Marco il adorait mon grand père il disait toujours : « O l’était quéqun d’bien M’sieur Boutinon » par contre pour ma grand mère il disait avec l’œil qui frise : « oh ben Yvette elle cachait les rouquilles sous l’escalier » un jour y’a 25 ans ils ont fait un ethylotest à 11 h du mat, pour tester avec les gens du pays, Marco a éclaté de rire en me disant :« y’a que ta grand mère qui était ronde ! Oh ben nous on a fait comme si les tests marchaient pas ! »
Y’a 15 ans quand ma mère est venue vivre dans la baraque de ses parents Marco était célibataire, un jour elle m’a dit au téléphone « Marco il me drague ce con» alors elle lui a dit : « oh Marco trouve toi une bonne femme » alors Marco a trouvé Murielle, Mumu. Pour Marco, Mumu c’était « ma chérie » moi il m’appelait « ma petite chérie » quant à ma mère il l’appelait « ma grande chérie » rapport qu’elle avait une tête de plus que lui. « Elle me manque ta mère, ma grande chérie » il me disait ça deux fois par an quand je reviens en mars et septembre.
La grande maison où vivait Marco était avant l’épicerie et le bar du village quand y’avait encore de la vie dans ce village, avec un curé qui zieutait tout ce qu’il se passait comme dans un film de Fernandel, y’avait plus besoin du curé après y’avait Marco à sa fenêtre qui commentait la rue : « tiens y’a Gainsbarre qui vient de passer avec sa brouette » « ça c’est ton oncle il va faire son tiercé, tu sais que je l’ai aidé à planter des piquets ? » « oh ça c’est Jeanine qui arrive » et c’était Jeanine qui arrivait, Marco disait « tu vois je savais que c’était Jeanine » avec l’œil de l’expert. Moi j’ai connu la fin de l’épicerie et puis un jour y’a plus eu d’épicerie, y’avait déjà plus de bar à ce moment là, c’est pas grave Marco a continué à servir des ballons aux gens, du rosé ou du Ricard mais gratos les galopins. Marco a retapé les lieux il a laissé la plaque « licence IV » sur le mur, il en a fait une magnifique maison énorme où tout résonne. Surtout son absence, salut Marco.
Soyez le premier à commenter